Mouk conte la journée du 15 août 1984 à travers les voix de plusieurs êtres femmes ou femmes en devenir d’une même famille. Je me suis infiltrée dans les corps, dans les psychés, dans les espaces, à l’affût des vérités sous chaque peau. Moi, je suis Bébé laideron et j’ai écrit cet essai pour ne pas enrager contre le destin de femme qui m’attendait. J’avais des voix en moi et elles avaient toutes, sans exception, besoin de hurler.

Mouk conte la journée du 15 août 1984 à travers les voix de plusieurs êtres femmes ou femmes en devenir d’une même famille. Je me suis infiltrée dans les corps, dans les psychés, dans les espaces, à l’affût des vérités sous chaque peau. Moi, je suis Bébé laideron et j’ai écrit cet essai pour ne pas enrager contre le destin de femme qui m’attendait.

J’avais des voix en moi et elles avaient toutes, sans exception, besoin de hurler.

               J’étais démoralisée d’avoir encore chié une troisième pisseuse. Elle n’était pourtant pas sortie difficilement comme la deuxième mais j’avais le bas-ventre en charpie, le ventre qui tombait sur la charpie, les nichons sur le ventre qui tombait sur la charpie, les joues bouffies et la gueule rouge pleine de boutons. Mon entre-jambe, n’en parlons pas, c’était du chamallow saignant. En plus, on était le jour où la Mammie voulait faire les photos de la p’tite avec tout le monde.

J’avais laissé la grande à ma mère et à la p’tite sœur pendant que le papa était parti vers Mormaison, chiner avec la Mammie. Les deux Titi étaient partis pour Nantes récupérer du gros liquidé de carreaux de marbre pour le sol de la ker à Noirmoutier. J’étais à peu près tranquille avec les deux p’tites pour la matinée. J’allais pouvoir me cacher pour choisir un habit.

Hier, à la météo, ils avaient annoncé la canicule pour aujourd’hui, quarante degrés à l’ombre. La veille, les hommes avaient déplacé les campines sous les grands chênes que bordait le terrain de foot où on était arrêté. La réorganisation des places m’avait été favorable dans un sens, celui où nous étions à l’ombre du plus vieil arbre toute la journée et dans l’autre, notre intimité se voyait remise en question par les allées et venues incessantes de chacune portant son sceau. Ma petite passait justement avec la petite sœur. C’était le signe que ma daronne devait être réveillée. J’étais rassurée. Le maire était d’accord pour qu’on reste tout le reste de l’été. L’Herbergement était un p’tit pays où on était accepté sans griefs habituels et où nous aimions nous arrêter un temps. On avait l’eau à disposition même s’il fallait longer toute la moitié du terrain de foot attenant pour accéder au seul robinet. Le gadjo d’en face était bon et acceptait que les chevaux du tonton mangent l’herbe de son champ et qu’on se branche chez lui contre de menus travaux et quelques paniers.

Panier