« Dikave, j’rakave. » signifie « Regarde, je parle. » dans ma langue maternelle. Métisse de culture, j’ai appris, enfant, un français mêlé de deux autres langues, le Patois Vieillotte Noirmoutrin de mon père et le Rromani Voyageur de ma mère.
J’ai vécu une jeune scolarité difficile. J’étais mutique de peur de ne pas être comprise. J’étais aussi terrorisée qu’un mot de trop remette en question la nouvelle discrétion de sédentaire insulaire de ma mère. Puis, il y avait cette intuition que je ne m’expliquais pas encore, celle que le secret de mes mots maternels devait perdurer, n’être dit qu’en famille, en communauté. J’ai donc longtemps été une très mauvaise élève préférant dessiner plutôt qu’écrire. Pendant que les autres enfants répétaient en belle boucle la forme des lettres de leurs futurs mots, je reproduisais des images à l’identique. Ainsi, j’avais une technique et un alphabet bien à moi et pour tous les lettrés, beaucoup de retard.